Portraits de gens de l'Aubrac

Cette page est destinée à vous faire découvrir des aubraciens, tels qu'on en rencontre d'authentiques encore aujourd'hui mais avant tout, vous devez connaître l'histoire du célèbre rebouteux Pierrounet de Nasbisnals.

Parti comme "roul" à 10 ans, Pierre Brioude, dit Pierrounet, de Nasbinals, eut vite franchit les échelons : "bédelier", puis "pâtre", il était "cantalès" à 17 ans. En 1849, il se plaçait à la grande ferme Osty, de Saint Laurent de Muret, où il y resta 9 ans. Il y fit ses débuts de "rhabilleur" sur les petits veaux folâtres, fréquemment victimes d'accidents ; sur les vaches et les boeufs, sur les poulains si délicats... Cet "empirique" fut bientôt le vétérinaire de toute la région. Il essaya vite ses talents sur les gens, souvent victimes alors de luxations ou de fractures, en domptant les bêtes, en abattant les arbres.

En 1852, jeune conscrit portant cocarde et chapeau enrubanné, il tire un mauvais numéro : il servira 7 ans ! Non : il a quelques économies pour acheter un remplaçant. Ce remplaçant sera son propre frère.

A 26 ans, le voilà un heureux fonctionnaire : cantonnier au Buisson, à 60 F par mois. Bientôt, il se marie (il aura 7 enfants) et, changeant de secteur, vient habiter Nasbinals. Il achète une maison dans le quartier bas, au Coustadou : derrière la grande cuisine paysanne, avec sa vaste cheminée, son lit en alcôve, sa table massive, la petite pièce du fond servira pour "consulter" et "opérer".

Enter 1880 et 1907, les années de grande vogue, il montait chez Pierrounet de 25 à 30 malades par jour : des émigrés revenaient même du Canada ou des Etats-Unis en quête de guérison. Pour les abriter, 3 hôtels se construisirent à Nasbinals : celui du Levant était tenu par un gendre de Pierrounet, Batifol.

Le robuste montagnard recevait tous ces éclopés avec simplicité et naturel : plutôt timide, toujours secourable, jamis cupide. "Peuchère... Peuchère... leur disait-il dans son patois, ce ne sera rien ! Dans un moment vous serez guéri et leste comme avant !".

Il opérait au saut du lit, il opérait tard dans la nuit, en dehors de ses heures de travail ; mais parfois aussi sur les routes ou dans une salle d'auberge. Son doigté et sa dextérité, la force de son pouce venaient toujours à bout des luxations, des fractures, des entorses. Il avait, disait-on, "toujours le dernier mot !".

Pour remettre en place, par exemple, une épaule luxée, il opérait en force, par "extension et contre-extension". Le malade était tenu par un aide sur une chaise ; deux autres aides tiraient sur les deux bouts d'une serviette ceinturant le poignet... et lui recherchait et remettait en place dans sa cavité, avec son énorme et puissant pouce, la "tête humérale". Il fallait parfois de longues manoeuvres... laisser souffler malade et opérateurs... revenir à la charge.

En 1905 - il avait 73 ans - le syndicat des médecins de l'Aveyron le traduisit devant le tribunal correctionnel de Marvejols et il fut condamné pour exercice illégal de la médecine à 100 F d'amende et aux dépens (257 F). Mais de nombreux amis l'avaient accompagné et toute une foule lui témoignait sa sympathie. Il continua ce qu'il considérait comme un service, presqu'un apostolat. Il ne réclamait point d'honoraires : mais les guéris savaient témoigner leur reconnaissance.

Une légende tenace veut qu'il ait porté un agnelet dans l'amphithéatre de la Faculté de Montpellier, et après lui avoir démis les membres, défié les éminents médecins et chirurgiens de le remettre sur ses pattes... et qu'il l'ait fait lui-même en quelques gestes. L'agnelet, joyeux, bondit dans la salle... Mais cela n'eut jamais lieu.

Il mourut en 1907, d'hypertension, ayant soigné ses malades jusqu'au bout, ne gardant le lit qu'un jour. Et tous gémissaient : "Que feront les gens, maintenant que Pierrounet est mort !".

Pierre Brioude, dit "Pierrounet de Nasbinals"
En 1909, à l'initiative du sénateur aveyronnais Fabre, une souscription fut ouverte dans "l'Auvergnat de Paris" pour lui élever un buste en bronze, qui fut sculpté par Mallet, de Millau. Avec cette inauguration, véritable apothéose, Pierrounet entra dans l'histoire...

Texte extrait de "ce tant rude" Gevaudan, par Félix Buffière aux Editions SLSA Lozère.

Remonter



Maison d'hôtes
"Le Vieux Café"
Séjours touristiques balnéos, promos
Ici photos de l'Aubrac
La ferme de Moulhac
Les Gîtes de Cabels